Cela fait trois ans que je l’inscris en rouge dans mon agenda, à partir du 15 décembre : wintering.
Je rentre dans ma tanière.
Pour une durée variable, entre le 5 et le 15 janvier, selon les années.
Mon agenda se met en mode “ourse”.
Il n’accepte ni rendez-vous, ni Zoom à caractère professionnel.
Je ne suis plus là. Merci de ne pas déranger.
Et pourtant, chaque année, c’est la même rengaine.
Je dois lutter pour ne pas céder ce temps d’hivernage à tous les désynchronisés de saisons et autres workaholics.
Celles et ceux qui redoutent l’arrêt.
Celles et ceux qui pensent ne pas pouvoir ralentir, par peur de manquer.
Manquer de temps. De clients. D’argent.
Pourtant, comme toi sans doute, je ne suis ni médecin, ni Père Noël, ni pâtissière.
Les mondes peuvent continuer à tourner sans moi.
Et chacun gagne à ce que je revienne mi-janvier réinspirée et régénérée.
C’est l’une des bases de mon approche slowpreneuriale et régénérative : suivre le flow énergétique et cyclique écologiques.
Et pourtant, dans le monde solopreneurial et entrepreneurial, ralentir continue de faire peur.
Certains disent que le slowpreneuriat, c’est rester dans sa zone de confort.
Après dix-huit ans de pratique, je peux te dire qu’entreprendre à contre-courant d’une pensée majoritairement linéaire, mécanique et extractiviste n’a rien de confortable.
Remettre en question les stratégies marketing dominantes et les habitudes de leadership héritées d’un monde qui nous brûle n’a rien de confortable non plus.
La voie du slowpreneuriat implique d’apprendre à dire non à ce qui viole nos rythmes et nos cœurs.
Et de reconnaître qui l’on est vraiment, et comment on fonctionne.
Personnellement, je suis un poisson des profondeurs. Pas une sardine de surface.
C’est moins brillant sur les réseaux. Peut-être plus intimidant.
Mais mes client·es te le diront : avec moi, on voyage plus loin.
Cette médecine des profondeurs demande d’apprivoiser son people pleaser intérieur.
Celui qui cherche l’harmonie pour survivre.
Et d’apprendre à dire NON pour préserver l’espace et le temps nécessaires.
Je dis non à l’agenda des autres, surtout quand il est gouverné par le stress et la peur de manquer. Et non par une urgence réelle.
Je dis non aux entrepreneurs que j’apprécie, mais qui bombardent ma boîte mail plusieurs fois par semaine pour me relancer sur la même offre.
Je dis non à la logique quantitative du tri algorithmique et à la course à la visibilité sur les réseaux sociaux.
Je dis non aux contenus uniformisés par l’IA qui pullulent partout, avec leur syntaxe étrange, repérable à des kilomètres.
La manière dont les créateurs de contenu nous étouffent sous une avalanche de mots vides me désole.
Et me paralyse sans doute un peu aussi, tant cela se situe à l’opposé de ma vision de la communication.
Tu n’as peut-être pas compté, mais les Slow Notes que je t’ai envoyées en 2025 se comptent sur deux mains.
Et mes comptes Instagram et LinkedIn sont restés largement silencieux.
Que vaut un monde où les messages ne sont plus évalués par leur qualité, mais par la quantité de réactions qu’ils déclenchent ?
S’il ne provoque pas une réaction massive ou n’active pas des émotions négatives, ton message disparaît.
Merci le tri algorithmique.
Dans une économie prédatrice de l’attention, publier n’importe quoi pour occuper le cyberspace devient tentant.
Nous l’avons sans doute déjà fait au moins une fois.
Mais est-ce une raison pour en faire une habitude ?
Sur les réseaux sociaux, la simplification des questions, la brutalité des propos et le fonctionnement en meutes, encouragés par les règles algorithmiques, favorisent les extrêmes droites et les cultures masculinistes.
Autant dire que ce n’est pas l’eau dans laquelle j’aime nager.
Pour ne rien arranger, notre réel, enrichi chaque jour d’un peu plus d’IA, perd de son épaisseur.
Empâtés dans nos intérieurs, nous commençons à perdre le goût de la lutte.
Et avec lui, celui de la vie.
Comment accepter presque sans broncher que des marchands de soleil rasent des forêts et recouvrent des lacs pour produire de l’électricité solaire, au nom de la transition énergétique et de nos nouveaux usages ?
Des voix rassurantes nous expliquent que nous sommes en surproduction électrique, que cela freinera les projets agrivoltaïques.
Ceux-là mêmes contre lesquels je lutte avec les copains sur le territoire du Quercy.
A chaque nouvelle intrusion de l’IA dans nos vies, je pense à ces kilomètres de panneaux noirs qui avalent nos campagnes.
J’avoue avoir du mal à accepter la mécanisation de nos cœurs.
Mon métier est intimement lié à l’existence d’internet.
J’ai beaucoup de gratitude pour la liberté et les rencontres que cela m’a offertes.
Et en même temps, je sens, comme d’autres, que notre addiction collective aux technologies numériques donne aux extrémistes du capitalisme industriel un pouvoir immense.
La capacité redoutable de mettre leurs idées en œuvre.
Alors que faire ?
Appeler chacun·e à une désintoxication numérique ?
C’est une forme d’optimisme cruel que de faire croire qu’un problème sociétal se résout à l’échelle individuelle.
Mon intention n’est pas de te faire croire que tu es trop ceci ou pas assez cela.
Mon intention est que, collectivement, nous ajustions nos pratiques.
Que nous prenions le temps de l’écoute, plutôt que de déverser nos contenus dans un entonnoir.
Que nous retrouvions des rythmes plus organiques.
Que l’IA reste un outil pour les tâches complexes ou monotones.
Que nous reprenions le temps d’écrire avec nos styles propres, sans les tics de langage de la machine.
Que nous considérions l’email de nos abonnés comme quelque chose de sacré.
Que nous créions des offres, des messages et des systèmes qui respectent nos flux, nos timings et nos saisons intérieures, ainsi que celles de nos client·es.
Que nous reformulions ensemble nos récits identitaires obsolètes pour revenir à l’essence de qui nous sommes vraiment.
Que nous retrouvions nos axes.
Créions notre rythme.
Disions notre vérité.
Structurions nos activités selon notre écologie intérieure.
J’ai beau changer seule dans mon coin, sans toi et les autres, c’est comme pisser dans un violon.
Alors cet email est aussi l’occasion de te rappeler que, même si tu ne me vois pas beaucoup en ce moment, je reste très active dans le monde slowpreneurial.
Au-delà des réseaux sociaux, des TEDx et des avant-scènes saturées de projecteurs, je suis présente dans les profondeurs.
Tu peux venir à ma rencontre le temps d’un accompagnement, dans ton hiver d’entrepreneur.
Dans les périodes de transition, de doute ou de fatigue.
Dans ces temps de silence et de mort symbolique d’une identité ou d’un message qui a fait son temps.
Je suis là aussi quand une nouvelle vision émerge.
Quand le printemps intérieur s’éveille.
Je suis là quand tu cherches à nourrir ton audace et à cultiver l’élan de nouveaux projets.
Quand tout semble bien aller, que ton entreprise fleurit,
et que tu veux stabiliser ta présence rayonnante et ton feu créateur, sans te brûler.
Je suis là dans ton automne entrepreneurial aussi.
Parce que je sais qu’après chaque récolte vient une mue.
Et un nouveau passage vers l’hiver.
Toutes ces phases, je les ai traversées, plusieurs fois, depuis 2008.
Le slowpreneuriat n’est pas linéaire.
Il est cyclique, comme la vie.
Ensemble, nous partons d’où tu es.
Au fond, ce que j’accompagne, ce n’est pas la transformation.
C’est le réaccordement.
Tout est déjà là.
Tu as peut-être oublié ta mélodie dans le grand orchestre.
Pris·e à jouer la partition d’un autre.
À suivre un tempo qui n’est pas le tien.
Et pourtant, ton entreprise t’a choisi·e.
Quand nous cheminons ensemble, mon rôle est de te ramener à ton cœur vivant, à ton rythme vrai, à ta vérité sensible.
Alors, sur ces mots,
je me retire dans ma tanière.
On se retrouve en janvier.
Un peu plus vivants.
Un peu plus justes.
Prends soin de ton rythme,
et laisse l’hiver faire le sien.
S’offrir une wintering retreat
Ayant revendu mon slow life spot dans le Lot, je ne propose plus de retraite en présentiel pour le moment. Par contre, je peux te recommander un séjour chez Mikkel et Doro de Minds & Mountains, que j’ai accompagné (coaching et création de site internet) avec mes collègues du collectif re:storied.
Pour aller plus loin
Se faire accompagner par mes soins (à distance ou en présentiel à Roquecor. Possibilité d’herbergement sur place chez Òli, dans le Tarn-et-Garonne). Nous travaillerons à réaccorder l’identité, le corps, l’énergie et l’activité au Vivant, pour que ta puissance personnelle (et celle du collectif) cesse de se fragmenter.

